Le défaut de paiement de la Zambie en 2020, le premier en Afrique pendant la pandémie de COVID-19, souligne les faiblesses fondamentales des pays qui dépendent des emprunts contractés auprès de sources extérieures et des exportations de matières premières. À l'époque, la dette publique totale de la Zambie s'élevait à environ 35 milliards d’USD, soit quatre fois plus qu'en 2013, ce qui s'est traduit par un ratio dette/revenu national brut (RNB) de 168 % qui reflète les graves défis auxquels fait face la soutenabilité de la dette.
La dette comprenait environ 12 milliards d’USD d'obligations extérieures, dont 3 milliards d’USD dus à la Chine, 3 milliards d’USD d'euro-obligations et 2,7 milliards d’USD dus à des prêteurs multilatéraux. La dette intérieure s'élevait à environ 15 milliards d’USD, répartie entre bons du Trésor, obligations d'État et arriérés. Cette accumulation rapide de dettes, qui résulte, dans une large mesure, des emprunts liés aux infrastructures, a abouti au défaut de paiement de la majeure partie de la dette extérieure de la Zambie, dans un contexte de pressions budgétaires croissantes dues à la chute des prix du cuivre, aux coûts d'emprunt élevés et aux retombées économiques de la COVID-19.
Comme de nombreux pays africains, l'économie de la Zambie reste structurellement tributaire de l'extraction des ressources, un héritage des systèmes de l'époque coloniale qui perpétue les inégalités et entrave le développement durable, malgré la souveraineté politique du pays. La dépendance excessive vis-à-vis des exportations de cuivre et une architecture financière mondiale qui oblige les pays en développement à accumuler des réserves en devises ont été les causes profondes de la crise plutôt qu'une simple mauvaise gestion budgétaire. L'expérience de la Zambie fournit des informations importantes aux gestionnaires de la dette sur la manière de gérer et d'atténuer à l’avenir les crises d’endettement.
Étant donné que le cuivre représente environ 70 % des recettes d'exportation de la Zambie, le pays est extrêmement sensible aux variations des prix du cuivre à l'échelle mondiale. La diversification économique doit être une priorité absolue pour le gouvernement afin de réduire la dépendance vis-à-vis de certaines matières premières. Investir dans des secteurs à valeur ajoutée comme la fabrication et la transformation du cuivre peut se traduire par des sources de revenus plus fiables. En outre, le soutien à des secteurs tels que les énergies renouvelables et l'agriculture peut accroître la résilience aux chocs extérieurs. Des politiques industrielles ciblées, telles que des allégements fiscaux, des subventions et le développement des infrastructures, devraient encourager la diversification.
Les habitudes d'emprunt qui font passer les exigences immédiates avant la croissance à long terme ont contribué à la crise de la dette en Zambie. Pour gérer la dette de manière soutenable, il est essentiel que les prêts soient utilisés pour des projets dignes d’intérêt tels que la santé, l'éducation et les infrastructures qui ont une rentabilité financière quantifiable. Ce choix signifie que la fonction et les considérations relatives à la gestion de la dette doivent être bien intégrées dans les processus de planification budgétaire du gouvernement et considérées comme une mesure de financement stratégique proactive plutôt que réactive.
Les problèmes d'endettement dans les pays en développement (comme en témoigne la Zambie) sont souvent aggravés par les limites du système financier international actuel. Les gestionnaires de la dette devraient plaider en faveur de changements qui donnent aux pays une plus grande liberté de manœuvre pour effectuer des changements structurels. L'amélioration de l'accès aux droits de tirage spéciaux (DTS) peut contribuer à augmenter les réserves de change sans s'endetter davantage. Afin d'éviter que l'argent ne soit consommé par les obligations de service de la dette, les banques multilatérales de développement (BMD) devraient également assumer un rôle plus actif dans le financement d'initiatives vertes et résilientes au changement climatique.
Les recettes fiscales qui représentent 16,8 % du PIB de la Zambie, restent insuffisantes pour soutenir ses principales priorités de développement. Il est clair que pour combler les déficits de financement dans un contexte de prêts concessionnels moins favorable, et avec des niveaux de dette par rapport au PIB déjà élevés, les gouvernements doivent soutenir une administration fiscale globale et des réformes de politiques qui génèrent des ressources supplémentaires pour répondre aux demandes de dépenses à moyen et long terme.
La corruption et les inefficiences bureaucratiques sont largement reconnues comme des facteurs clés de dissuasion de l'investissement étranger et des obstacles aux réformes économiques. Les réformes institutionnelles doivent être considérées comme une priorité absolue afin d'améliorer la responsabilité, l'efficience et l'ouverture des dépenses publiques. Restaurer la confiance des investisseurs et s'assurer que les fonds sont alloués aux industries rentables dépend fortement d'une budgétisation ouverte, de procédures de surveillance rigoureuses et d'initiatives de lutte contre la corruption.
Le défi de la dette en Zambie souligne la nécessité d'un changement de paradigme du mode de mise en place des économies et du mode de gestion de la dette. Les gestionnaires de la dette doivent s'attaquer aux causes sous-jacentes de l'instabilité financière plutôt que de se contenter de solutions temporaires. Pour échapper au cycle des crises d’endettement et parvenir à une croissance durable et inclusive, des pays comme la Zambie devraient donner la priorité à la diversification, aux emprunts intelligents, à la mobilisation du revenu intérieur, à la réforme financière mondiale et à l'amélioration de la gouvernance. L'expérience de la Zambie montre clairement qu'un changement structurel est nécessaire, et que ce n'est plus désormais une question de choix.
