Imaginez une maïserie dynamique en Zambie, où les jeunes diplômés font fonctionner des machines, gèrent la logistique et conduisent des tracteurs, transformant activement leurs connaissances en un travail productif qui remodèle le paysage agricole. Envisagez un centre de transformation du cacao fort animé au Ghana, qui est en plein développement grâce à des investissements public-privé audacieux et alimenté par des coopératives dirigées par des jeunes qui transforment les fèves brutes en produits prêts à l'exportation et en marques commercialisables. Représentez-vous une coopérative d'oignons au Burkina Faso, gérée par des jeunes, acheminant des subventions de contrepartie vers les petites entreprises, preuve que lorsque les jeunes sont soutenus par un financement réactif et une politique intelligente, l'innovation s'épanouit et les économies locales prospèrent.
Ces scènes qui ne représentent pas des rêves lointains, offrent un aperçu saisissant de ce qui peut se passer lorsque les gouvernements africains considèrent l'agriculture comme une entreprise dans laquelle investir vaut la peine, plutôt que comme un secteur à gérer uniquement en temps de crise. Lorsque les systèmes de finances publiques évoluent, passant de solutions nombreuses et disparates à des cadres à but particulier, ils peuvent libérer le plein potentiel des jeunes et de l'agriculture.
Cette volonté de transformation est à l'origine du prochain Dialogue sur les Politiques (DP) de CABRI portant sur « L'optimisation des ressources des chaînes de valeur agricoles : renforcer les systèmes de gestion des finances publiques », qui se tiendra du 29 au 31 octobre 2025. L'événement réunira une communauté diversifiée de parties prenantes, notamment des ministères des Finances et de l'Agriculture, des partenaires du développement, des jeunes innovateurs et des acteurs de la société civile, afin de repenser à la manière dont les systèmes de gestion des finances publiques (GFP) peuvent être remodelés en tant que leviers d'une croissance inclusive et durable. Au fond, ce DP remettra en question la vision de longue date de l'agriculture en tant qu'option de repli, et mettra plutôt en vedette son véritable potentiel en tant que moteur dynamique du développement économique et pierre angulaire de l'emploi valorisant des jeunes à travers l'Afrique.
Ce DP a pour principal objectif de renforcer la collaboration entre les ministères des Finances et de l'Agriculture afin de promouvoir l'emploi des jeunes dans les chaînes de valeur agricoles. En favorisant une coordination plus forte, ce partenariat vise à élaborer des cadres de financement et de politique qui soutiennent activement les jeunes entrepreneurs et agriculteurs, en veillant à ce que les investissements se traduisent par une création d’emplois utiles et une croissance significative du secteur.
Cependant, une crise silencieuse se cache sous la surface. L'agriculture, bien qu’étant le principal moyen de subsistance de millions de jeunes Africains, est confrontée à des défis structurels. Premier employeur du continent, elle recèle le plus grand potentiel de stimulation de l'emploi des jeunes à court terme. Pourtant, d'ici 2035, l'Afrique devra créer environ 18 millions de nouveaux emplois annuellement pour absorber sa population active en pleine expansion (Banque mondiale, 2023). Cependant, leur potentiel est souvent entravé par des structures budgétaires rigides qui manquent de flexibilité, des programmes qui ne parviennent pas à se développer et des systèmes de finances publiques qui financent les intrants sans tenir compte de l'ensemble de la chaîne de valeur (Davis et al., 2023 ; Gustafson, 2023). Par exemple, au Kenya, les jeunes producteurs d'avocats sont confrontés à des obstacles pour obtenir un certificat d’exportation, ce qui limite leur accès à des marchés lucratifs (Seed Farm, 2025 ; Affluent Farmers, 2023). Au Sénégal, les serres adaptées au changement climatique sont prometteuses dans les projets pilotes, mais restent hors de portée pour la plupart des agriculteurs en raison d'obstacles financiers et réglementaires, l'agriculture recevant moins de 3 % du total des crédits bancaires (Fonds vert pour le climat, 2025 ; Banque mondiale, 2019).
Malgré ces défis, des signes encourageants de progrès sont observés. Les jeunes agripreneurs du Burkina Faso, lors de la réunion 2025 des jeunes du programme YEFFA (Entreprenariat des jeunes pour l’avenir de l’agriculture), ont appelé au renforcement du soutien à l'agriculture résiliente au changement climatique, à un meilleur accès au financement et à la terre, et à des engagements concrets de politiques. Le ministère de l'Agriculture a réagi en s'engageant à faire de la jeunesse un élément central de l'avenir agricole du pays, ce qui montre bien que lorsque l'engagement des jeunes est audacieux et délibéré, les gouvernements sont prêts à agir (AGRA, 2025).
Ce DP de CABRI vise à dégager des modèles de financement innovants qui favorisent la transformation agricole dirigée par les jeunes. Il met l'accent sur une coordination renforcée entre les ministères des Finances et de l'Agriculture, ce qui permettra une meilleure planification budgétaire, des outils de financement inclusifs et des dépenses transparentes et responsables, alignées sur les priorités agricoles nationales.
Les participants à ce DP prendront part à des réunions-débats interactives, feront part d’expériences nationales et assisteront à des séances d'apprentissage par les pairs pour examiner ce qui fonctionne et ce qu’il faut changer. De la stratégie de la Côte d'Ivoire en matière de cacao au plaidoyer mené par les jeunes du Burkina Faso participant au programme YEFFA, ce DP mettra en avant des histoires de réussite et suscitera de franches discussions sur les lacunes en matière de politiques.
