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Une décennie plus tard : les enseignements tirés du lancement de l'Enquête 2025 de CABRI sur les pratiques et les procédures budgétaires en Afrique

29 avril 2026
BPP 2025 launch blog

L'Enquête 2025 de CABRI sur les pratiques et les procédures budgétaires (PPB) en Afrique, menée dans 18 pays, a permis de dégager des enseignements précieux sur l'évolution des systèmes de gestion des finances publiques (GFP) sur le continent. Les conclusions révèlent que les pays africains ont réalisé des progrès considérables dans le renforcement de leurs fondements institutionnels au cours de la dernière décennie. Dans de nombreux pays, l'architecture centrale des systèmes modernes de gestion budgétaire est désormais solidement établie. Cependant, le défi majeur consiste toujours à traduire ces cadres en résultats budgétaires cohérents, fonctionnels et redevables.

Le rapport de l'Enquête 2025 sur les PPB a été officiellement lancé en mars. Les pays participants représentent environ 37 % de la population africaine et 37,7 % de son produit intérieur brut (PIB), ce qui confère aux résultats une portée à la fois significative et largement représentative. Ce lancement visait à fournir des enseignements fondés sur des données probantes concernant les principaux défis auxquels font face les systèmes de GFP à travers l'Afrique, tout en mettant en exergue les domaines dans lesquels des progrès ont été accomplis ou dans lesquels des lacunes persistent. Il visait également à orienter la conception et la mise en œuvre de réformes budgétaires efficaces, à renforcer les capacités institutionnelles, à accroître l'efficacité budgétaire globale et à contribuer à l'élaboration de directives/lignes directrices sur les bonnes pratiques, qui reflètent les expériences de réforme réussies observées dans différents contextes africains.

Cet échange a réuni un large éventail de parties prenantes, notamment des hauts fonctionnaires des ministères du Budget, des Finances et des bureaux (directions) de la Dette de 22 pays, ainsi que des représentants d'organisations internationales de développement, de groupes de réflexion, d'organisations de la société civile, d'organisations non gouvernementales, de chercheurs en GFP, d'acteurs du secteur privé et des médias. Cette diversité a permis de garantir que les discussions reflètent les perspectives à la fois de politiques et de pratiques à travers l'écosystème de GFP.

Les conclusions démontrent que les progrès des systèmes de GFP sont à la fois réalisables et mesurables. Les pays ayant enregistré les plus hauts niveaux d'amélioration par rapport à l'Enquête de 2015 prouvent que des efforts de réforme soutenus et délibérés peuvent produire des résultats substantiels. Dans l'ensemble, l'Enquête confirme que les pays africains ont fait d’importants progrès dans la mise en place des cadres institutionnels, la plupart d’entre eux disposant désormais de structures clés en matière de GFP.

Malgré ces avancées, des défis de taille subsistent. Si les fondations institutionnelles sont désormais largement généralisées, les mécanismes d'application accusent toujours un retard. Les fonctions opérationnelles de GFP ont connu des améliorations notables dans la numérisation, plus de 80 % des pays faisant état d’un système de GFP fonctionnel, entièrement ou partiellement, et, 72 % étant parvenus à un certain degré d'interopérabilité des systèmes. Ce constat semble indiquer que les infrastructures numériques sont largement en phase de maturation sur l’ensemble du continent. Cependant, ces progrès en matière de numérisation ne se sont pas encore traduits par des améliorations proportionnelles en matière de transparence, car l'accès aux données budgétaires publiques ouvertes reste limité, seule la moitié environ des pays participants offrant un tel accès.

Au cours de la dernière décennie, les réformes se sont principalement concentrées sur le renforcement de l'architecture institutionnelle, portées par l'adoption de normes comptables internationales, de la comptabilité d'exercice et de cadres budgétaires à moyen terme. En conséquence, les indicateurs de forme, qui représentent les règles et les structures institutionnelles, se sont nettement améliorés, tandis que les indicateurs fonctionnels, qui reflètent les pratiques réelles d'application et de comportement, ont décliné. La plupart des reculs sont observés dans la fréquence et la discipline des budgets supplémentaires (lois de finances rectificative), le droit de veto de l’Exécutif et le suivi des constatations des Institutions supérieures de contrôles des finances publiques (ISC). Bien que des pays comme la Côte d'Ivoire, le Ghana et le Burkina Faso aient connu des améliorations globales au cours de la décennie, ces mêmes zones de fragilité persistent. Néanmoins, ces pays ont enregistré des progrès sur 18 indicateurs harmonisés, reflétant des améliorations dans la préparation, l'exécution et le suivi du budget.

Dans ses réflexions, en tant qu’intervenante, lors du lancement, Sally Torbert, responsable mondiale des politiques et de la recherche à l’International Budget Partnership (IBP ou Partenariat budgétaire international), a noté que :

« Si les systèmes de GFP sont parfois bien établis sur le papier, leur influence sur la prise de décision lors de l'exécution budgétaire reste inégale, soulevant une question fondamentale sur la manière de passer des conclusions aux réformes réelles et de garantir que ces systèmes fonctionnent de manière significative dans la pratique. La principale contrainte ne réside pas nécessairement au sein des institutions mêmes, mais dans leurs interactions, les défis majeurs se situant au niveau de la coordination, des incitations et de l'autorité plutôt qu’au niveau de la conception technique. Les données probantes suffisent rarement à elles seules, à impulser la réforme. Ce qui importe, c’est la manière dont elles sont utilisées, l’identité des parties prenantes qui s’en saisissent et comment elles alimentent les processus décisionnels plus larges, y compris la dynamique de l'économie politique qui influence les résultats. Faire progresser les réformes nécessite donc : d’instaurer une reconnaissance commune des problèmes entre les pays ; de créer des espaces de dialogue entre les ministères des Finances, les assemblées législatives, les institutions de surveillance/contrôle et les organisations de la société civile ; de recadrer les réformes au-delà des questions techniques pour se concentrer sur les résultats de développement ; et, de renforcer le rôle de la société civile,  pour traduire les conclusions techniques en enseignements accessibles, relier les budgets aux priorités des citoyens et consolider l'écosystème plus large de l’obligation de rendre compte. »

L'Enquête de CABRI sur les PPB est un outil essentiel pour appréhender l'évolution du paysage de la GFP en Afrique. Elle offre aux pays l'occasion de tirer des enseignements les uns des autres, de comparer leurs pratiques et d'évaluer si les réformes se traduisent par de meilleurs résultats budgétaires. Alors que CABRI continue d’exploiter ces donnes probantes au sein de l'écosystème plus large de la GFP, l'accent sera mis sur la mise en œuvre effective des réformes et leur adaptation aux contextes propres à chaque pays, plutôt que de se cantonner à un simple exercice de conformité formelle.

En outre, cette enquête est d’une grande pertinence pour les organisations de la société civile, car elle fournit des données probantes de nature à renforcer leur engagement avec les gouvernements et à améliorer leur aptitude à évaluer la mise en œuvre et l'impact des réformes de la GFP.

De façon plus générale, elle soutient la mission de CABRI visant à promouvoir des réformes crédibles, inclusives et transparentes de la GFP. Elle permet également aux pays d'identifier les lacunes, de suivre les progrès au fil du temps et de mettre en œuvre des réformes qui renforcent les capacités institutionnelles et l’obligation de rendre compte. En générant des données fiables et en favorisant l'apprentissage par les pairs, l'Enquête PBB sert à la fois d’état des lieux du paysage actuel de la GFP et de guide pour l’amélioration durable des systèmes de finances publiques en Afrique.

L’enseignement clé de cette enquête est que, si des progrès notables ont été accomplis dans l’élaboration des cadres institutionnels, la prochaine phase de la réforme doit impérativement se concentrer sur la traduction de ces cadres en résultats budgétaires efficaces et redevables. Combler l'écart entre « la forme » et « la fonction » reste une priorité stratégique centrale pour CABRI, qui continue de soutenir ses pays membres dans la promotion de réformes de la GFP durables et à fort impact.

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