Les agences de notation jouent un rôle essentiel pour déterminer la façon dont les investisseurs mondiaux perçoivent les économies, en particulier dans le domaine des marchés financiers. En période de difficultés budgétaires ou économiques, elles sont indispensables à l’évaluation du risque de défaut et servent de passerelles entre les émetteurs de dette souveraine et les investisseurs. Alors que la solidité des institutions et la discipline budgétaire restent fondamentales pour la qualité de crédit, le 9e Engagement de CABRI a souligné qu'un engagement cohérent et crédible avec les agences de notation peut fortement influencer la trajectoire de notation d'un pays.
Les types de points d’ancrage budgétaires, de plafonds d'endettement et de réserves financières qui se sont avérés les plus efficaces sont ceux qui aident les pays à préserver leur notation souveraine en période de tensions économiques ou de chocs extérieurs
Les points d'ancrage budgétaires, tels que les plafonds d’endettement et les règles de l'équilibre structurel, ainsi que les réserves financières telles que les fonds souverains, se sont révélés être parmi les outils les plus efficaces pour aider les pays à préserver leur notation souveraine en période de tensions économiques ou de chocs extérieurs. Cependant, l'efficacité de ces mécanismes dépend de la présence d'institutions fortes, d'une gouvernance transparente et d'une mise en œuvre judicieuse des politiques. Le Chili et le Nigéria ont été cités en exemple.
- Le Chili est souvent mis en exergue pour ses politiques budgétaires robustes et sa résilience économique. En tant que plus grand producteur mondial de cuivre, la richesse en ressources naturelles du pays joue un rôle central dans son économie, ce qui lui a permis de mettre en œuvre des points d’ancrage budgétaires solides, tels que la règle de l'équilibre structurel, et de constituer des réserves financières telles que les fonds souverains. Ces outils ont contribué à la stabilisation de l'économie en période de volatilité mondiale. L'expérience du Chili montre comment une gestion budgétaire prudente, soutenue par les revenus tirés des ressources naturelles et la solidité des institutions, peut préserver la solvabilité souveraine et la confiance des investisseurs.
- Le Nigéria s'est engagé à fixer un plafond d’endettement (ratio dette/PIB de 40 %) afin de s'assurer que les emprunts du pays restent à des niveaux gérables. En dépit des difficultés budgétaires croissantes, le Nigéria a largement maintenu sa dette publique en dessous du plafond de 40 %, ce qui lui a permis à la mi-2025, de se voir attribuer une perspective « Positive » par les trois principales agences de notation, à savoir Fitch Ratings, Moody's et S&P. Fitch Ratings a revu à la hausse la note de défaut émetteur (IDR) à long terme en devises du Nigéria de « B- » à « B », ce qui reflète la confiance accrue dans l'orientation politique du pays et l'impact de ses récentes réformes budgétaires et monétaires.
Pour pouvoir fonctionner avec efficacité, les points d'ancrage budgétaires tels que les plafonds d'endettement ou les règles de l'équilibre structurel, doivent être à la fois crédibles et réalisables. Les agences de notation évaluent non seulement l'existence de ces règles, mais aussi les antécédents du gouvernement à les respecter. Pour préserver leur crédibilité, les clauses dérogatoires telles que celles déclenchées par des événements extraordinaires comme la pandémie de COVID-19 doivent être clairement définies, transparentes et appliquées de manière uniforme. Un cadre budgétaire bien géré et soutenu par un engagement souverain, renforce la confiance des investisseurs et soutient la solvabilité des émetteurs de dette souveraine.
S'attaquer aux perceptions persistantes des écarts de notation, des biais et des idées fausses (en particulier en ce qui concerne les économies émergentes et africaines)
Les agences de notation ont souligné que leurs critères de notation souveraine sont accessibles au public et appliqués de manière cohérente dans l’ensemble des pays. Ces critères couvrent un large éventail de facteurs, notamment la solidité institutionnelle, les performances (ou résultats) budgétaires, les vulnérabilités extérieures ainsi que la structure économique. Bien que les méthodologies soient normalisées, les agences de notation ont indiqué qu'elles tenaient compte des contextes et des données de performance propres à chaque pays. Il est indispensable que les gouvernements s'assurent qu'ils comprennent les cadres publiés et qu'ils y participent de manière proactive afin d'améliorer les résultats en matière de notation et de lutter contre les préjugés perçus.
Fitch Ratings et S&P ont maintenu que rien ne prouve que leurs évaluations de la notation souveraine manquent d’objectivité. Un niveau de notation de crédit donné reflète le même degré de risque souverain, quelle que soit la géographie. En d'autres termes, une note « B » attribuée à un pays africain comporte le même risque de défaut évalué qu'une note « B » attribuée à un pays situé en dehors du continent. Les agences de notation soulignent que les écarts de notation sont déterminés par des facteurs objectifs et quantifiables telles que les règles de base macroéconomiques, les performances budgétaires, la solidité institutionnelle et les vulnérabilités externes, et non pas, par des considérations régionales ou géographiques.
Au fil des ans, plus de 100 milliards d’USD ont été investis sur le continent africain, la plupart des investisseurs s'appuyant sur les notations de crédit pour guider leurs décisions. Cette tendance, qui témoigne d'une confiance croissante dans les émetteurs africains notés et ouvre de nouvelles voies pour la mobilisation de capitaux, reflète également l'amélioration continue de la gestion macroéconomique, l'amélioration de la transparence budgétaire et l'approfondissement progressif du marché financier africain.
En outre, la croissance économique constitue un facteur critique, car elle se traduit par une augmentation du PIB par habitant, qui à son tour, génère une augmentation des recettes budgétaires et renforce la capacité d'un pays à assurer le service de la dette. Une croissance économique soutenue permet non seulement d'améliorer les ratios d'endettement, mais aussi de renforcer la résilience aux chocs extérieurs et de favoriser un profil de risque de crédit plus favorable au fil du temps. Par exemple, le Bénin et la Côte d'Ivoire ont toujours maintenu des trajectoires de croissance élevées, supérieures à 6 %, ce qui les place parmi les pays les plus performants d'Afrique de l'Ouest. Leur succès est étayé par des réformes de politiques vigoureuses, la diversification économique et le renforcement des cadres institutionnels, qui ont tous contribué à des réponses plus efficaces aux chocs extérieurs et à une amélioration des notations de crédit.
Des stratégies de renforcement de la résilience qui peuvent aider les pays tributaires de produits de base à maintenir leurs notations de crédit souverain pendant les périodes prolongées de volatilité des marchés
Plusieurs économies africaines restent fortement dépendantes d'un éventail restreint de produits de base tels que le pétrole, l'or, le cuivre, le cacao et le café pour leurs recettes d'exportation et leurs recettes fiscales. Cette dépendance rend ces pays vulnérables à la volatilité des prix et aux chocs extérieurs.
Pour renforcer la résilience, il est indispensable que les recettes exceptionnelles générées pendant la hausse des cours des produits de base soient épargnées par le biais de fonds souverains, ce qui permettra aux pays de se constituer des positions d’actifs budgétaires solides. Ces réserves créent un espace qui permet de réagir de manière contracyclique en période de ralentissement économique et contribuent au renforcement de la crédibilité des politiques et de la bonne gouvernance, qui sont essentielles pour maintenir la confiance des investisseurs et améliorer la solvabilité des émetteurs de dette souveraine.
Dans quelle mesure les notations de crédit sont-elles prises en compte dans les décisions d'investissement sur les marchés des capitaux d'emprunt et dans d'autres instruments de financement ?
Les agences de notation jouent un rôle crucial dans les régions où les investisseurs peuvent avoir un accès limité à des informations fiables et de première main. Sur de nombreux marchés africains, où une insuffisance de données, un manque de transparence ou des obstacles logistiques sont constatés, les notations de crédit constituent un outil essentiel pour combler le déficit d'information. Elles fournissent une évaluation indépendante du risque de crédit, ce qui permet aux bailleurs de fonds et aux investisseurs institutionnels d'entrer sur des marchés qu'ils pourraient autrement éviter en raison de l'incertitude ou d'un manque apparent de visibilité.
Un dialogue régulier et transparent avec les investisseurs s'est avéré indispensable, en particulier en période de vents contraires économiques. Une communication fréquente aide à gérer les attentes des investisseurs, à renforcer l'intention en matière de politiques et à maintenir la confiance des marchés. Cette régularité renforce la confiance et la crédibilité, deux éléments essentiels pour maintenir l'accès au capital.
Alors que certains investisseurs s'appuient sur les notations de crédit en tant qu’élément clé, la dynamique de la fixation des prix reste un défi important dans plusieurs pays africains. Dans de nombreuses régions du continent, les instruments de dette à court terme sont onéreux, ce qui reflète souvent des risques perçus élevés et des inefficiences persistantes du marché. Cette situation contribue à augmenter les risques de renouvellement ou de refinancement, ce qui augmente le risque de défaut.
Cependant, un cadre juridique favorable tel que le règlement 28 de l'Afrique du Sud permet aux caisses de retraite d'allouer jusqu'à 45 % de leurs actifs à l'étranger, tout en conservant au minimum 55 % de leurs actifs dans le pays. Cette approche permet aux investisseurs institutionnels de se diversifier plus efficacement sur les marchés publics et privés, à l'échelle nationale et internationale. Une plus large participation au marché et une plus grande diversification peuvent également améliorer la fixation des prix et contribuer à la réduction des coûts d'emprunt intérieur.
À l'inverse, certains investisseurs institutionnels et gestionnaires d'actifs ne sont pas tenus de se fier uniquement aux notations de crédit lorsqu'ils prennent des décisions d'investissement. Bien souvent ils préfèrent compléter les évaluations des agences de notation par leurs propres cadres de risque internes, en tenant compte de facteurs tels que la taille de l'instrument, la détermination de son prix, sa monnaie et sa durée de remboursement (maturité). Les investisseurs privés, tels que ceux impliqués dans le financement des infrastructures, peuvent également choisir de contourner complètement les mécanismes de notation traditionnels pour rechercher à la place des opportunités à rendement plus élevé.
Les initiatives régionales ou locales en matière d'indices peuvent-elles offrir aux pays africains une voie viable pour réduire leur dépendance vis-à-vis des indices de référence mondiaux ?
Les avis étaient partagés parmi les intervenants concernant l'élaboration d'indices locaux en Afrique.
Certains ont exprimé leur ferme soutien à de telles initiatives, affirmant que les indices locaux pourraient aider à approfondir et à structurer les marchés nationaux des capitaux, à améliorer la fixation des prix et à améliorer la compréhension des investisseurs de la dynamique des risques et des rendements dans les pays africains. Ils ont souligné que pour qu'un indice soit significatif pour la communauté des investisseurs, il doit être fondé sur des règles de base solides de marché, en particulier sur les marchés qui ont adopté des notations de crédit, car cela facilitera une interprétation plus précise des fluctuations de prix et des mouvements de risque.
D'autres ont offert un point de vue plus prudent, suggérant que, compte tenu des contraintes actuelles de marché, l'impact immédiat des indices locaux pourrait être limité. En l'absence d'une infrastructure de marché sous-jacente solide, ces indices pourraient accroître l'exposition à l'influence des investisseurs étrangers sans nécessairement améliorer l'accès à un financement abordable.
Les institutions de financement du développement (IFD) ont été identifiées comme des parties prenantes clés dans l'élaboration de ce paysage. Des précédents historiques de pays comme la Corée du Sud et le Japon ont été cités, où les IFD ont joué un rôle de catalyseur au cours des premières étapes du développement des marchés, en fournissant un financement à long terme pour les infrastructures et la croissance industrielle avant que les banques commerciales et les marchés de capitaux ne soient pleinement parvenu à maturité. Cette séquence - les IFD en tête, suivies des banques commerciales, puis des marchés de capitaux a été notée comme un modèle typique de l'évolution du secteur financier.
Il a été suggéré que l'Afrique réexamine et renforce son modèle d'IFD, en positionnant les IFD comme des moteurs stratégiques de l'investissement dans les infrastructures et de la transformation économique. Cette approche pourrait établir une base plus solide pour le développement des marchés financiers nationaux et, en fin de compte, permettre la mise en œuvre réussie d'initiatives régionales ou locales en matière d’indices.
