Au début de l’année 2024, nous avons souligné que : « Nous sommes toujours soucieux de la pertinence pour l'avenir ; dans ce monde en crise, les enjeux sont considérables lorsque l’on réforme les systèmes, les processus et les compétences des pays ».
Deux ans plus tard, début 2026, nous avons indiqué dans notre bulletin trimestriel que, si auparavant « nous pensions que nous étions peut-être dans une période inhabituelle de polycrise mondiale ; il est évident à présent que l'intensification du changement n'a pas atteint son point culminant et qu'elle continuera. (…) La rupture structurelle actuellement connue va au-delà d'une seule crise budgétaire mondiale ou d’une polycrise nationale, soulignant que nous sommes au beau milieu de polycrises. »
Nous ne nous étions pas trompés. Malgré les efforts massifs déployés récemment dans les ministères des Finances à travers l'Afrique pour faire face aux diverses crises en cours, et, malgré les progrès accomplis, le conflit entre les États-Unis d'Amérique et l'Iran a eu un impact économique immédiat. Les pays du monde entier ont été soudainement confrontés à une hausse substantielle des prix du carburant et d'autres hausses sont à prévoir tout au long de cet exercice budgétaire, et, au-delà. Des pénuries de carburant sont également anticipées, ce qui a déjà conduit certains pays à adopter des politiques de restriction et de rationnement de la consommation de carburant.
Les répercussions du conflit entre les États-Unis et l'Iran dépassent largement le seul volet énergétique ; il est désormais clair qu’un choc multidimensionnel aux impacts étendus est en cours. Outre le domaine de l’énergie, les pays enregistrent une hausse des coûts dans plusieurs autres domaines des dépenses budgétaires. La perturbation des chaînes d'approvisionnement impacte notamment l'accès aux engrais, ce qui a une incidence directe sur la sécurité alimentaire et les prix alimentaires. À cela s'ajoute un effet inflationniste généralisé induit par le conflit, que les pays doivent désormais gérer. Il en résulte non seulement une augmentation des dépenses publiques liées à l’énergie et à l’alimentation, mais aussi la nécessité d’accroître les dépenses pour garantir le bien-être social des groupes vulnérables face à l'inflation, que ce soit par des transferts monétaires directs ou par d'autres politiques visant à assurer la continuité des services publics essentiels.
Au regard de tous les indicateurs, ce conflit aura un impact plus important que la guerre en Ukraine. Des baisses de recettes budgétaires nationales sont anticipées, car le conflit perturbe les activités économiques et autres, et, influe négativement sur les investissements et les échanges commerciaux en raison de l'évolution des chaînes logistique et des équilibres géopolitiques sous-jacents. Les cibles nationales de ratio dette/PIB et les autres mesures de viabilité budgétaire ont été affectées de manière substantielle et défavorable, selon des modalités qui ne pouvaient pas être anticipées. Le recours à des financements d'urgence devient impératif, tandis que les coûts du service de la dette nationale augmentent à nouveau. Cette situation réduit l’espace budgétaire dont disposent les pays pour répondre à leurs propres besoins de développement, un phénomène aggravé par le risque accru de fuite des capitaux auquel sont confrontés les pays en développement.
Face à cette situation, les pays devront faire preuve d’une agilité extrême et procéder à une repriorisation rapide. Du point de vue du corps des fonctionnaires d’État des finances publiques (FP) au sein des ministères des Finances en Afrique, cette démarche exige de viser, pour ainsi dire, « l’excellence absolue ! ». Le Secrétariat de CABRI, accompagné de M. Benjamin MBERIO, Directeur du Contrôle financier au ministère des Finances et du Budget de la République centrafricaine, en tant que membre du Comité directeur de CABRI, s’est rendu en mars, en Côte d'Ivoire et au Bénin, deux pays membres de l’Organisation.
Pendant notre séjour à Cotonou, nous avons rencontré le Directeur général du budget du Bénin, M. Rodrigue Chaou et son équipe, qui ont exprimé leur ambition de hisser le Bénin « au premier rang des nations ! » dans le domaine des FP. Leurs récents travaux de réforme couvrent l'ensemble du champ de gestion des finances publiques (GFP) et concernent toutes les sphères de l’administration publique. Pour garantir l'agilité et la hiérarchisation des priorités liées au développement du Bénin, ils se sont attachés systématiquement à assurer la volonté politique, l’institutionnalisation des changements de politique ainsi qu’un appui institutionnel visant à professionnaliser les domaines de travail des fonctionnaires et à conférer l’autorité nécessaire aux responsables pour l'exécution de ces réformes. Ils citent et apprécient CABRI en tant que catalyseur et référentiel de connaissances expertes pour les différentes réformes qu'ils ont entreprises. Ils considèrent ces réformes comme distinctes, mais intrinsèquement liées.
Au cours du trimestre précédent, CABRI a poursuivi l’exécution de ses travaux couvrant divers domaines de FP, notamment : le lancement de la toute nouvelle version du Moniteur de la dette en Afrique (MDA), le lancement de l'Enquête 2025 sur les pratiques et les procédures budgétaires en Afrique, la tenue de l'atelier de cadrage au titre du Programme « Renforcer les compétences en finances publiques pour la santé », le partage de récits de réformes nationales de la GFPn, l’amélioration des chaînes de valeur agricoles ainsi que des travaux sur la dette nationale, le climat et les instruments de financement innovants.
Mettant l’accent sur l'agilité et la hiérarchisation des priorités conformément aux nouveaux domaines de travail des pays membres de CABRI, son Comité directeur a approuvé le programme de travail sur les FP de l'exercice 2026/27. Ce plan de travail comprend de nouveaux domaines de travail qui renforceront les connaissances en matière de FP, permettant ainsi aux pays membres de se positionner comme « les champions de l’excellence », tant au niveau des politiques de FP que du renforcement institutionnel entrepris pour former un corps de fonctionnaires compétents, capables d’assurer la prestation des services publics au profit de leurs citoyens.
Tous les pays africains qui n’ont pas encore adhéré à CABRI sont éligibles et sont invités à nous contacter à info@cabri-sbo.org, afin de formaliser leur adhésion. Les autres parties prenantes de la communauté élargie de la GFP sont également conviées à se joindre à nous ainsi qu’à nos partenaires actuels.
