Les opérations de gestion du passif ou des passifs jouent un rôle crucial dans la réduction du risque de défaut d'un pays en améliorant la viabilité de la dette et en atténuant les pressions de refinancement.
Le 10e Engagement du réseau de CABRI le 7 octobre dernier, a porté essentiellement sur l'amélioration de la compréhension et de l'application pratique des stratégies de gestion du passif parmi les gestionnaires de la dette publique africaine. Plusieurs sujets ont été abordés au cours de cette séance.
Implications des exercices de gestion du passif (EGP) sur la notation souveraine
Les agences de notation de crédit ne sont pas intrinsèquement opposées aux EGP. Elles évaluent plutôt l'objectif et les résultats attendus de ces opérations. Leur évaluation porte souvent sur la question de savoir si l'exercice est effectué à partir d'une position de force ou de pression exercée sur les liquidités et si le pays serait toujours en mesure d’éviter un défaut en cas d'échec d'une adjudication d’arbitrage (de conversion). En fin de compte, cela suscite des inquiétudes quant au degré de solvabilité de l'État souverain, à la confiance du marché et à la crédibilité globale de la gestion de la dette.
Calendrier de l’EGP
Le moment choisi pour effectuer l’EGP est essentiel à son succès. Ces opérations doivent être intégrées dans la Stratégie de gestion de la dette à moyen terme (SDMT) afin de prévoir suffisamment de temps pour la planification, la consultation et l'exécution. L'intégration des opérations d'EGP dans la SDMT permet de s'assurer de leur alignement sur les considérations plus générales du caractère économiquement abordable de la dette souveraine.
Il est également important d'évaluer la base des investisseurs, c'est-à-dire de déterminer qui détient les instruments, comment ces investisseurs interagissent les uns avec les autres et comment leur participation peut influencer la dynamique de marché. En outre, l'écart entre les obligations source et de destination doit être soigneusement évalué afin de déterminer les coûts supplémentaires ou les écarts de rendement associés à l'opération.
L’idéal serait que les opérations de gestion du passif soient menées bien avant l'échéance, souvent plusieurs années à l'avance (environ cinq ans), afin d'éviter de signaler des difficultés de marché ou de donner une impression de tensions de trésorerie. Des opérations précoces et bien planifiées offrent aux gestionnaires de la dette la souplesse nécessaire pour gérer les échéances sans avoir recours à des arbitrages coûteux ou de dernière minute. Qui plus est, elle confère également aux autorités le pouvoir discrétionnaire de ne pas allouer ou de ne pas donner suite si les prix ou les conditions du marché sont défavorables, ce qui permet de maintenir la confiance du marché et la crédibilité des politiques
Il est important que le moment choisi pour effectuer l’EGP ne coïncide pas avec la publication de données importantes ou d'événements qui impactent le marché, comme la présentation du budget, la publication du PIB, les données sur l'inflation ou les annonces de politique monétaire, car toutes ces informations peuvent accroître le risque exceptionnel, déclencher la volatilité des marchés et perturber le bon déroulement de l'opération.
Cross-Switches (conversions croisées entre différents instruments)
Les cross-switches entre différents instruments peuvent introduire une complexité importante, car les bases d'investisseurs de chaque instrument diffèrent souvent au niveau de la composition du portefeuille, de l'appétence au risque et des mandats d'investissement. Ces différences peuvent influencer la demande et l'adoption des instruments switch, qui peuvent varier d'une catégorie d'investisseurs à l'autre. Pour assurer une prise de décision fondée, une cartographie des risques et des coûts doit également être réalisée afin d'évaluer les compromis potentiels et les implications tarifaires de la transaction sur le portefeuille de la dette.
Il est donc essentiel, pour renforcer la participation et garantir une exécution sans heurts, de s’entretenir avec les investisseurs. Un engagement précoce et transparent permet d'évaluer l’intérêt du marché, de clarifier les objectifs de transaction et d'identifier les investisseurs susceptibles d'être réceptifs aux opportunités de cross-switch.
Transparence et communication
La transparence et la clarté sont des éléments cruciaux d'une gestion efficace des passifs. Elles contribuent à renforcer la confiance du marché et aident les investisseurs à bien comprendre la stratégie de financement du gouvernement. Ces objectifs peuvent être atteints grâce à la publication des calendriers d'adjudications, à des mises à jour régulières du marché et à une communication claire des objectifs de gestion de la dette.
Cependant, la communication doit être soigneusement calibrée. Des divulgations de données excessives qui ne sont pas gérées convenablement, peuvent conduire à un comportement opportuniste des investisseurs, comme le positionnement spéculatif ou la manipulation des prix avant les opérations de conversion. Il est donc essentiel de trouver le juste équilibre entre ouverture et discrétion, pour maintenir l'intégrité du marché et obtenir les résultats voulus.
Incitations
Lorsque la participation au marché est limitée, les investisseurs peuvent être incités par une clause attrayante lors des adjudications normales de conversion ou en se voyant accorder la priorité dans les allocations lors des opérations d'offre publique d’achat, ce qui encourage une plus grande participation et améliore le succès global de l'opération.
