Ce fut un privilège de représenter les pays membres de CABRI à la conférence mondiale de la Banque mondiale sur le thème « Réinventer les finances publiques : mettre les ressources publiques au service du développement », qui s'est tenue à Washington, les 29 et 30 septembre ; ainsi qu'à la conférence d'ODI Global intitulée « Construire un avenir résilient » qui a eu lieu à Londres, les 7 et 8 octobre. Alors que la polycrise des finances publiques prolifère rapidement, sous l'effet d'importants changements exogènes internationaux et des vulnérabilités intérieures des pays, l’enseignement général à tirer est simple : les pays qui déterminent véritablement leurs propres processus de réforme axés sur les résultats prioritaires nationaux, mettent en place des systèmes de finances publiques et des compétences en la matière qui sont nécessaires pour rendre les dépenses publiques efficaces et efficientes. Qui plus est, ils encouragent par cette démarche, leur propre développement. Cette approche est au cœur même de la création de CABRI en tant qu'organisation intergouvernementale qui énonce dans sa vision, l'intégrité, la transparence et l’obligation de rendre compte comme principes de fonctionnement qui garantissent que les ressources publiques offrent en permanence des services de qualité, stimulent une croissance durable et améliorent les vies à travers l'Afrique.
Les intervenants et les participants aux deux conférences ont délibéré sur la pratique des pays dans le domaine des finances publiques en matière de responsabilité et de gestion financières sur notre continent et dans le monde, mais aussi et surtout sur la responsabilité concernant les politique et le développement. L'idée sous-jacente étant que les outils techniques de gestion des finances publiques (GFP) développés dans les pays au cours des deux dernières décennies restent utiles et que leur utilisation est une condition certes nécessaire pour un développement national axé sur les résultats, mais pas une condition toutefois suffisante. La GFP, pour s’attaquer à ses goulets d’étranglement, doit être réinventée et axée sur les résultats.
La façon exacte dont cela doit être fait est toujours en cours de développement et continuera d'être évaluée. Ce qui ressort clairement des délibérations mondiales de l'ODI, c'est que le renforcement de la résilience budgétaire des pays s’avère complexe et que la hiérarchisation des priorités reste primordiale. Les domaines problématiques du secteur public sont nombreux, allant de la gestion de la dette et du changement climatique à la croissance économique, aux villes fonctionnelles, à la protection sociale et à la lutte contre la fragilité des pays et des régions et les personnes déplacées, à la santé et au bien-être des citoyens, à l'éducation pour l'avenir, etc. Les points d'ancrage de l’avenir d’un pays et d'un budget national résilients résident dans une GFP appropriée, des règles budgétaires pertinentes et des investissements suffisants dans les institutions.
Le renforcement institutionnel des ministères des Finances repose sur la conception des institutions et sur les compétences de leurs fonctionnaires. On constate que de nombreux pays disposent de structures et de systèmes institutionnels analogues mais que leurs résultats en matière de développement diffèrent, tout comme leur trajectoire future. Les pratiques de facto et de jure (en fait ou en droit) dans le domaine des finances publiques au sein des pays présentent également des différences. Il est évident qu'une approche axée sur la conformité de la réforme de la GFP ne garantira pas la résilience budgétaire, mais qu'une approche axée sur les résultats et sur la résolution des problèmes permettra d’y parvenir. D'après la boîte à outils technique disponible en matière de GFP , la façon dont les outils sont utilisés dans le contexte national est intrinsèquement importante.
Le travail de CABRI est motivé par notre conviction que le développement des nations africaines ne peut pas être réalisé par le mimétisme isomorphe et par des solutions importées pour notre continent, mais peut seulement l’être en donnant à ces nations les moyens de mettre en place leurs propres institutions capables et responsables. Le programme phare de CABRI « Renforcer les compétences en finances publiques (RCFP) », développé pour remédier aux limites des approches traditionnelles de la réforme des finances publiques, utilise l'approche de Harvard de l'adaptation itérative pour la résolution de problèmes (PDIA) pour les aider dans cette entreprise. Depuis 2017, plus de 30 équipes-pays ont participé à notre programme, avec l'intention de découvrir « ce qui fonctionne, quand et comment » dans chaque contexte. Les équipes-pays du programme RCFP de CABRI ont examiné les problèmes dans l'ensemble du domaine des finances publiques et des différents secteurs des services publics.
D'après notre expérience, les outils techniques et les méthodes de GFP sont importants et peuvent nécessiter une expertise hautement spécialisée, mais la hiérarchisation des problèmes les plus pertinents et la « navigation » dans l'économie politique et d'autres réalités locales comptent, afin de veiller à ce que le changement souhaité ne soit pas entravé. La « véritable » réforme des finances publiques réside dans la modification de la fonctionnalité institutionnelle et pas uniquement de sa forme. La vraie réforme consiste à renforcer les compétences des fonctionnaires qui travaillent dans divers secteurs pour qu’ils puissent développer et maîtriser l'habitude de résoudre les problèmes tout en débloquant les goulets d'étranglement systémiques, par le biais de multiples cycles itératifs fondés sur des données probantes et en s’appuyant sur les données financières et statistiques disponibles, les connaissances institutionnelles et les points de vue généraux des parties prenantes. Cette approche assure l’alignement des réformes afin qu'elles s’accordent aux programmes de réforme du développement d’un pays et contribue simultanément à l’organisation et à la supervision de ces programmes.
Cependant, la résilience budgétaire ne concerne pas que la gestion des vulnérabilités actuelles. Les outils, les méthodes, les systèmes et les structures de GFP ainsi que la façon dont les fonctionnaires sont capables de gérer les problèmes et les politiques pour le développement de leur pays influencera l'avenir. Alors que CABRI reste déterminée à renforcer les finances publiques en Afrique et au niveau régional, les partenaires internationaux indiquent qu’ils comprennent mieux les questions en jeu et qu’ils ont l’intention de réinventer leur mode de soutien au renforcement de la résilience budgétaire des finances publiques des pays.
