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La lutte de l’Afrique contre 1 000 milliards de dollars de flux financiers illicites (FFI)

26 janvier 2026
IFF blog

Pouvez-vous imaginer perdre 1 000 milliards d’USD sans même vous en rendre compte ? C'est la dure réalité que représentent les flux financiers illicites en Afrique. Au cours des cinq dernières décennies, l'Afrique a enregistré une perte estimée à plus de 1 000 milliards d’USD engloutis par les flux financiers illicites (FFI) — un montant approximativement équivalent à la totalité de l’aide publique au développement (APD) reçue au cours de la même période. Ces flux épuisent les ressources de l'Afrique, paralysant le développement et creusant les inégalités. Ils volent des capitaux destinés aux hôpitaux, aux écoles et aux infrastructures, laissant les pays avec des économies plus faibles et des services publics réduits. En alimentant la corruption et la fraude fiscale, les FFI compromettent la gouvernance et sape la confiance dans les institutions. L'impact global est un cycle de pauvreté et d'inégalité, car des ressources précieuses sont détournées et les efforts de développement étouffés, laissant aux nations africaines moins de moyens pour atteindre une croissance durable et la stabilité.

Les mesures de politique traditionnelles de lutte contre les FFI peuvent échouer en raison de plusieurs défis interdépendants. Les lacunes en matière de capacités institutionnelle, les contraintes de ressources et la corruption compromettent l'application efficace de ces mesures et la surveillance des FFI. En outre, des cadres juridiques complexes et une coopération internationale incohérente entravent le recouvrement des avoirs, tandis que les efforts fragmentés et les responsabilités cloisonnées ont sapé davantage les efforts de réforme. Enfin, les réalités locales uniques aux pays africains, telles que la fragilité des institutions, l'instabilité politique, les économies informelles, la pauvreté généralisée et les lacunes dans la réglementation financière, créent un environnement où les activités illicites peuvent facilement prospérer en échappant à toute surveillance formelle.

S’attaquer aux FFI en Afrique nécessite des stratégies innovantes et adaptées localement, qui font directement face à ces défis uniques et abordent les causes profondes de ces flux illicites. Des interventions efficaces exigent de bien comprendre les facteurs socio-économiques, politiques et institutionnels particuliers qui facilitent les FFI dans chaque contexte. Par ailleurs, l’implication des parties prenantes et des communautés ainsi que la coopération régionale sont indispensables pour démanteler les réseaux criminels transnationaux et combler les lacunes exploitées dans le cadre d'activités financières illicites. En fin de compte, les progrès durables dépendent d'une approche à multiples facettes, combinant réformes politiques, renforcement des capacités, innovation technologique et participation active des parties prenantes locales.

CABRI et l'Administration fiscale suédoise (STA) s'associent à nouveau sur un programme de renforcement des compétences visant à traiter les FFI en Afrique grâce à des interventions collaboratives, fondées sur des données probantes et politiquement orientées. Le programme implique une collaboration étroite d'équipes pluridisciplinaires provenant de diverses institutions au niveau national, dont notamment les ministères des Finances, les administrations fiscales, le renseignement financier et les services répressifs. Le programme repose sur l'adaptation itérative pour la résolution de problèmes (PDIA), une approche axée sur les problèmes qui guide les équipes pour diagnostiquer les problèmes locaux des FFI, trouver des solutions contextuelles et affiner continuellement les interventions grâce à des retours d’information concrets. Il met l'accent sur la mise en place de coalitions intersectorielles et la réalisation d'analyses approfondies de l'économie politique afin de comprendre les mesures incitatives, la dynamique du pouvoir (les rapports de force) et les contraintes institutionnelles. Cette démarche garantit que les solutions sont non seulement techniquement réalisables, mais aussi politiquement viables, augmentant ainsi les chances de réformes durables et efficaces.

Il s'agit de la deuxième cohorte du programme de quatre ans qui est intégré à l'initiative SECFIN Afrique. Cette année, six équipes-pays, à savoir celles du Libéria, du Kenya, de la Namibie, du Rwanda, de l'Afrique du Sud et de la Zambie participent à ce programme, qui vise à s’occuper des divers problèmes alimentant les FFI dans leur pays. Le programme a débuté par un cours intensif de formation en ligne qui présente aux participants l'approche PDIA. La formation fournit des informations précieuses sur les principaux catalyseurs et impacts des FFI en Afrique et commence à guider les équipes dans l'élaboration d'un énoncé de problème convaincant axé sur un défi clé de FFI propre à leur pays.

    Figurent ci-après quelques-unes des idées essentielles et quelques-uns des principaux thèmes émergents identifiés parmi les différentes équipes-pays :

    L'évasion fiscale (ou évitement fiscal ou encore contournement des règles fiscales) et la criminalité constituent la majorité des FFI dans le monde, et son impact est particulièrement grave en Afrique. Elles se rapportent à des moyens illicites pour les entreprises et les particuliers d'éviter de payer leur juste part d'impôts, à travers des activités telles que l’évaluation erronée (la manipulation) des prix liées aux activités commerciales, le transfert de bénéfices et l'utilisation de comptes offshore ou de sociétés écrans pour dissimuler des actifs et des revenus, ce qui compromet la perception des recettes et la stabilité économique. En Afrique, l'impact de ces activités illicites liées à la fiscalité est particulièrement grave, le continent connaissant un manque à gagner fiscal estimé entre 10 et 30 % des recettes potentielles, ce qui représente des milliards d’USD de recettes perdues chaque année (Tax Justice Network, 2021). Ce sont quelques-uns des aspects sur lesquels l'équipe kényane se concentrera. Bien que la législation douanière et les systèmes répressifs (ou assurant l’application des lois) existent, le Kenya continue de perdre d'importantes recettes en raison d’infractions fiscales liées aux activités commerciales, notamment les fausses facturations commerciales par des opérateurs défaillants, la sous-déclaration des marchandises et l'utilisation de faux documents. Ces pratiques illicites faussent les données commerciales, nuisent à la concurrence loyale et sapent la confiance dans le système fiscal du pays. Des mécanismes adaptés à la détection, à la coordination ainsi qu’à la réponse, et, s’alignant sur les réalités locales, sont indispensables pour réduire le manque à gagner fiscal et renforcer la résilience économique du pays.

    Les FFI alimentent des activités criminelles qui entravent l'état de droit et déstabilisent les structures de gouvernance. L’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) estime qu'à l'échelle mondiale, 2 à 5 % du PIB mondial est blanchi chaque année, facilitant ainsi les réseaux de criminalité organisée et les opérations financières illicites. Outre le blanchiment de capitaux (d'argent), l'exploitation illégale de ressources - comme l'exploitation illégale forestière, l'exploitation minière illégale et le trafic d’espèces sauvages - coûte chaque année au continent des milliards d’USD en pertes de recettes et en dégradation environnementale. Non seulement ces flux privent les gouvernements de recettes essentielles pour financer les services publics et faire appliquer les lois, mais ils perpétuent aussi un cercle vicieux dans lequel les acteurs criminels prospèrent et les institutions de gouvernance s'affaiblissent, déstabilisant davantage la paix et la sécurité à travers le continent. Au Libéria, des efforts fragmentés de lutte contre le blanchiment de capitaux révèlent des vulnérabilités qui permettent à la criminalité organisée de prospérer. Une meilleure coordination et un meilleur partage des données entre les agences sont essentiels pour rétablir l'état de droit et assurer la stabilité du pays. Ce sont là quelques-uns des aspects sur lesquels l'équipe libérienne mettra l’accent au cours du programme 2026.

    Certains secteurs sont plus susceptibles de sustenter les FFI en Afrique en raison de leur marge bénéficiaire élevée, combinée à des transactions opaques. Le secteur des ressources naturelles, dont le pétrole, le gaz, les minéraux et le bois, est particulièrement vulnérable. Les secteurs financier et bancaire, en particulier les systèmes financiers informels et non régulés, sont également des points sensibles pour le blanchiment de capitaux. Qui plus est, des secteurs comme l'immobilier et la construction sont souvent exploités pour le blanchiment d'argent. Ces secteurs sont particulièrement vulnérables en raison de leurs transactions complexes, de leur manque de transparence et de leur surveillance réglementaire insuffisante, pérennisant ainsi le cycle des activités illicites. L'équipe namibienne, par exemple, examinera de plus près les FFI dans le secteur de la pêche qui contribue à près de 4 % du PIB de son pays en 2024 mais représente une part disproportionnément inférieure des recettes fiscales, avec des données probantes semblant indiquer une sous-évaluation des exportations et des pratiques de transfert de bénéfices.

    L'essor des cryptomonnaies en Afrique alimente les FFI en permettant des transactions illicites anonymes et transfrontalières, plus difficiles à tracer. L'économie mondiale s'éloigne d'un système financier traditionnel centralisé pour se tourner vers des monnaies numériques décentralisées, qui sont de plus en plus acceptées en tant qu’autres réserves de valeur, modes de paiement et actifs d'investissement. L'Afrique est la deuxième région à la croissance la plus rapide dans le monde pour l'adoption des cryptomonnaies, enregistrant une augmentation de 120 % des transactions crypto en 2021 (Chainalysis’ 2022 Crypto Crime Report). Les cryptomonnaies sont de plus en plus utilisées comme moyen alternatif pour effectuer les transferts transfrontaliers en raison des coûts élevés et de la lenteur des canaux traditionnels. Cependant, elles constituent également une source essentielle de FFI en fournissant des canaux anonymes et décentralisés pour la fraude fiscale, le blanchiment d'argent et le transfert illégal de fonds transfrontaliers, rendant plus difficile pour les autorités de tracer et de combattre les activités illicites. En l’absence de cadres réglementaires clairs pour contrôler et appliquer la conformité, ces flux menacent la légitimité de l'infrastructure financière dans son ensemble et créent pour les acteurs illicites des conditions propices à l’acheminement des flux financiers illicites sans être pour autant découverts. Les pays identifient de plus en plus les cryptomonnaies comme une source de risque liée aux FFI, comme l'illustrent les équipes sud-africaine, rwandaise et zambienne qui ont toutes trois choisi de se concentrer sur cette question importante au sein du programme SECFIN.

    Ces connaissances révèlent la nature multifacette et complexe des défis de FFI, motivés par des facteurs techniques, politiques, économiques et sociaux interdépendants qui diffèrent selon les pays et les secteurs. En encourageant l’appropriation locale et une culture d'apprentissage continu, le programme SECFIN vise à produire des réformes durables menées de l'intérieur, qui permettent de mieux comprendre la dynamique des FFI au sein de chaque pays tout en restant résilientes face aux changements politiques et institutionnels. Grâce à ce processus, l'initiative renforce également les compétences locales, la transparence et la responsabilisation, restaurant ainsi la confiance du public et améliorant l'intégrité globale des systèmes financiers dans l’ensemble des pays participants.

    En janvier et février 2026, les équipes se réuniront pour participer à un atelier de cadrage, qui leur permettra de mieux comprendre les défis fondamentaux, d’identifier des points d'entrée avec un soutien plus large et d’élaborer de manière collaborative des feuilles de route de mise en œuvre.

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